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A la recherche de nouveaux modèles économiquesQue ce soit avoué ou non, il n’est plus guère d’acteurs à croire, même parmi ses partisans, que la loi Création et Internet constitue un modèle économique suffisant. On ne peut qu’être frappé de constater combien tous semblent partis à la recherche, quelquefois désespérée, de nouveaux modèles économiques. De ce point de vue, la situation est très différente de celle que nous connaissions lors du vote de la loi Dadvsi, authentique fétiche sur lequel toutes les industries culturelles ont voulu se reposer pour éviter de penser à une refonte de leur modèle d’affaire. Aujourd’hui au contraire, les idées fusent, et d’abord parce qu’on sait que la crise économique qui frappe ces industries est bien plus large que la simple question du piratage. De l’information à la musique en passant par le livre et le cinéma, les propositions sont multiples. Leur point commun ? Certainement la diversification des sources de revenus. Car plus personne ne semble croire à l’unicité de modèles qui reposeraient uniquement ou bien sur la diffusion payante ou bien sur la publicité (pour la presse), sur la vente de cd (pour la musique) ou les entrées en salle (pour le cinéma). Le développement de systèmes complémentaires de type « freemium » (accès gratuit pour construire une popularité et vente de services ou d’objets premium), ou de merchandising - qui ne datent pas d’aujourd’hui, mais aussi, timidement, l’apparition de systèmes de financement par souscription (à l’exemple de Kassandre) ou de financement par les dons (comme Wikipedia), sont autant de manifestation de cette diversification à l’oeuvre. C’est très clairement la position que prend la toute nouvelle Secrétaire d’Etat pour le développement de l’économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui, incapable de prendre la main sur un dossier géré directement par le Ministère de la Culture, se positionne sur l’après-Hadopi, et déclare vouloir travailler à l’émergence des nouveaux modèles. La récente interview de Chris Anderson sur ces modèles justement, reposant tous, selon lui, sur une part de gratuité, constitue un bon éclairage sur la situation actuelle. Le projet de loi Création et Internet, qui vise à faire revenir de force les consommateurs dans le cadre des « offres légales », c’est-à-dire de la vente de CD physiques ou en ligne, semble bien en arrière. C’est la raison pour laquelle la plupart de ses partisans n’en attendent pas grand-chose sur le plan économique. Comme il a été dit précédemment, il s’agit surtout de faire respecter un point de principe : le droit d’auteur est inviolable, et de contraindre ou punir les industries qui profitent des usages qui le bafouent. Pour le reste, ils savent ou doivent savoir qu’ils pourront compter uniquement sur leurs propres forces, leur savoir-faire commercial et leur imagination. Hadopi ou pas, tous ne passeront pas le cap. La conquête de droits numériques positifs. Quelques règles pour l’actionLa loi Création et Internet est l’ultime étape d’une longue série : depuis la Loi sur la Société de l’Information, puis la Loi sur la Confiance dans l’Economie Numérique, puis la Loi sur le Droit d’Auteur et les Droits Voisins dans la Société de l’Information, sans compter les différentes lois de sécurité (Loi sur la sécurité Intérieure, Loi sur la Sécurité Quotidienne), on assiste à une diminution progressive des libertés sur Internet. Les groupes qui se sont opposées à ces lois ont toujours été placés dans une position défensive, de refus de la régulation, en situation réactive par rapport à un législateur doté de l’initiative. Aujourd’hui certains commencent à penser aux moyens d’inverser la tendance et de reprendre cette initiative en partant à la conquête de nouveaux droits. On rencontre deux situations : dans un cas, ce sont de nouveaux usages qui se développent naturellement sur les réseaux - usages de partage dans le cas présent - et qui doivent être reconnus par la loi. Cela signifie probablement qu’il ne faut pas seulement proposer la licence globale comme alternative à des projets de loi jugés liberticides, mais faire inscrire cette proposition dans les plateformes électorales de partis susceptibles d’arriver au pouvoir dans les prochaines années. Autre cas : en passant du monde physique au monde analogique, on a perdu un certain nombre de droits auparavant garantis. L’exemple type est celui des libertés du salarié, qui sont bien moins protégées dès lors qu’ils concernent les réseaux informatiques. De la même manière, le basculement des pratiques de sociabilité d’un monde à l’autre, de la conversation banale entre amis à l’échange de messages sur les plateformes de réseaux sociaux comme Facebook, s’accompagne d’une remise en cause violente et hors contrôle de tous les éléments de vie privée. Jusqu’à présent, on en est resté aux dénonciations épidermiques, aux prises de conscience effrayées, sans que de véritables programmes législatifs, cohérents et négociés voient le jour. Il semble que nous soyons arrivés au bout de cette situation. La banalisation des usages d’Internet en extension et en intensité jouent en faveur d’une réflexion à la fois proactive et globale sur la question des libertés numériques : celles qu’il faut défendre et celles qu’il faut conquérir. Parce qu’ils utilisent des ordinateurs connectés dans toutes les dimensions de leur vie quotidienne - à la fois au travail et chez eux, pour faire leurs courses, faire des rencontres, professionnelles, amicales, amoureuses, pour s’exprimer, s’informer et se divertir, pour gérer leurs dossiers administratifs, les français ne semblent plus considérer Internet sous l’angle de l’étrangeté et de l’éloignement, comme c’était le cas jusqu’à récemment. L’émergence de véritables plateformes de revendications pour la reconnaissance de droits positifs concernant le numérique est une tendance qui se développera dans les mois à venir. L’initiative du Réseau des pirates, appelant à signer un « Pacte pour les libertés numériques » dont les revendications sont très variées est un début. Cette démarche vise à peser, de l’extérieur des partis politiques, sur les élections européennes, pour commencer, afin que les listes inscrivent la question dans leur programme. Elle représente sans doute un des premiers signes d’une maturation politique des utilisateurs les plus intensifs du Réseau, qui ont cru pendant longtemps pouvoir échapper aux questions de régulation formelle. Le mythe de l’auto-régulation du réseau étant en train de s’effondrer au même titre que celui de l’auto-régulation du marché, le temps semble venu pour tous les citoyens, de s’intéresser à nouveau, mais à partir de leur position spécifique, à la fabrication des lois sur les sujets qui les intéresse. Car ce que montre le projet de loi Création et Internet, c’est que le numérique, comme l’environnement, est un sujet trop important pour être laissé entre les mains des seuls politiques. Extrait de homo-numericus.net, suite de l'article, ici
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