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Le streaming comme alternative au téléchargement

Au fil des semaines, les différentes interventions ont progressivement présenté la solution du streaming légal comme une alternative salutaire au téléchargement illégal. Poussant en avant l’exemple de Deezer, ils ont trouvé l’argument imparable permettant d’avancer que la loi Création et Internet n’empêchera pas l’accès de tous aux oeuvres culturelles, parce que celui-ci sera garanti par la diffusion de ces oeuvres en streaming. De manière un peu inconséquente, certains opposants à la loi critiquent celle-ci sur la base du même argument, affirmant que cette loi est obsolète puisque les usages sont en train de basculer de ce côté. Les uns et les autres semblent ignorer que ce mode de diffusion des oeuvres sur les réseaux constitue en réalité une régression considérable dans l’histoire du développement d’Internet. Le streaming est en effet un retour vers un régime médiatique bien connu : celui de la télévision, de un vers tous, basé sur une incapacité à peu près totale du récepteur de l’information à en faire quoi que ce soit d’autre que de la consommer. Cette évolution, identifiée par Benjamin Bayard comme relevant du Minitel, est absolument contradictoire avec les principes historiques du réseau Internet, fondé sur une égalité formelle entre participants, dont tous doivent pouvoir émettre de l’information autant qu’ils en reçoivent. Jonathan Zittrain montre bien combien c’est cette structure particulière du réseau, dite « end-to-end », qui lui donne la capacité d’innovation dont il a faire preuve depuis le début, qu’il appelle « generative Internet », et qui est aujourd’hui menacé.

 

Loi Hadopi

 

Le basculement rapide des modes de circulation des oeuvres culturelles vers le streaming constitue donc un risque considérable de dénaturation des échanges sur Internet et un véritable retour en arrière vers un système de circulation de l’information bien connu. Dans la continuité des rapports de force qui s’établissent entre deux secteurs industriels, on comprend qu’il plaise autant au gouvernement qui doit voir en lui un retour rassurant vers des rivages connus et maîtrisés, ceux de la diffusion centralisée et oligopolistique de l’information, par de gros acteurs qu’il est plus facile de maîtriser que des millions d’usagers disséminés sur tout le territoire.

Le « Portrait du pirate en conservateur de bibliothécaire », publié récemment sur le blog Lekti-écriture explique parfaitement bien les enjeux proprement culturels qui se cachent derrière la question très technique des modes de diffusion. Les pratiques des pirates sur les réseaux peer-to-peer, argumente-t-il, sont très proches des pratiques documentaires que connaissent les bibliothèques. Ce sont donc des pratiques de maîtrise de l’information, d’organisation autonome de la culture, de patrimonialisation et donc de mémoire, de diversité culturelle aussi. Le streaming, comme la télévision du reste, représente une prolétarisation culturelle des individus, ne possédant rien en propre, dépendant des programmes imposés par les diffuseurs, et dont la mémoire est conditionnée par les catalogues actuellement disponibles sur les plateformes. Dans un cas l’individu est indépendant, dans l’autre, il est sous contrôle. La question du streaming est le complément indispensable de la question précédente : dans l’élaboration de la loi, industries culturelles et industries de la communication se disputent le contrôle. De quoi ? du temps de cerveau disponible bien sûr, avec des différences très importantes sur le moyen de le monétiser et sur le type de relation que ces industries établissent avec leur usagers.

Extrait de homo-numericus.net, suite de l'article, ici

 

 
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